Slow Food promeut l’agroécologie, l’agriculture du futur

Le projet Développer les économies locales en Afrique de l’Est grâce à l’agroécologie est une réussite 

En diffusant les pratiques agroécologiques et en renforçant les connaissances des agriculteurs en la matière, le projet Développer les économies locales en Afrique de l’Est grâce à l’agroécologie, financé par l’Agroecology Fund, vise à stimuler les économies locales et améliorer les moyens d’existence de communautés kenyanes, ougandaises, congolaises et tanzaniennes. Ce projet lancé en septembre 2019 a touché cette année à sa fin.

Durant 18 mois d’activités intenses (plus quatre mois de prolongations en raison du Coronavirus), le réseau Slow Food a soutenu le développement et la consolidation de systèmes alimentaires agroécologiques, clé d’une future sécurité alimentaire, en améliorant les connaissances et la communication en la matière et en intégrant l’agroécologie aux textes de loi. Les résultats obtenus sont remarquables, malgré les difficultés rencontrées notamment face à l’urgence de la pandémie de Coronavirus.

« Les activités menées tout au long du projet se sont plus particulièrement concentrées sur la formation des producteurs locaux. Tous ont découvert le potentiel de l’agroécologie sur le système alimentaire local, non seulement en travaillant sur le terrain avec des techniciens et au sein d’Académies (des cours sur l’agriculture durable destinés aux jeunes producteurs et exploitants), mais aussi en améliorant les débouchés commerciaux directs entre producteurs et consommateurs, ce qui génère des revenus supérieurs, plus d’emploi et de bien-être (l’effet multiplicateur est très fort) et contribue à élaborer un nouveau discours autour de l’agroécologie, » expliquent les Kenyans Samson Ngugi et Elphas Masanga, coordinateurs locaux du projet au Kenya.

Le projet a par exemple formé 40 jeunes leaders de l’alimentation (15 en Ouganda, 15 au Kenya, 5 en RDC et 5 en Tanzanie) via la Slow Food Academy et 102 producteurs et coordinateurs ont acquis des compétences spécifiques à l’agroécologie grâce à des ateliers de renforcement des capacités, menés au Kenya et en Ouganda. Environ 2400 participants ont permis la création de 52 jardins agroécologiques (15 en Tanzanie, 15 au Kenya, 20 en Ouganda et 2 en RDC) au niveau communautaire ou dans des écoles. Les évènements de sensibilisation aux bienfaits de l’agroécologie et de choix alimentaires conscients ont rassemblé 5400 personnes, tandis que les 31 émissions de radio sur l’agroécologie, l’accaparement des terres et le changement climatique diffusées au Kenya et en Ouganda ont touché environ 2 000 000 d’auditeurs. Et enfin au Kenya et en Ouganda, 14 autorités locales ont été poussées à prioriser l’agroécologie et la protection de la biodiversité dans la législation et l’agriculture locales.

 

 

Académies et renforcement des capacités

Afin de guider les producteurs et exploitants locaux vers un nouveau système agricole et former de futurs leaders de l’alimentation, le réseau Slow Food a organisé des académies et divers évènements. L’objectif était de créer une coordination régionale reliant tous les projets Slow Food et leurs pratiques en matière d’agroécologie, dans le but de renforcer et diffuser des solutions agroécologiques efficaces et rentables. Au cours des quatre sessions de formation et quatre ateliers de renforcement des capacités organisés par la Slow Food Academy, 142 participants venus de quatre pays ont pu acquérir des connaissances pratiques et de nouvelles compétences grâce à des visites de terrain et à des réunions en ligne. L’objectif de ces rendez-vous était de partager les modes de transmission possibles des savoirs et capacités acquis, ainsi que les différents modes d’adaptation aux exigences du COVID-19.

 

Pour en savoir plus sur les Académies

https://old.slowfood.com/slow-food-academy-on-agroecology-2020-has-launched/

https://youtu.be/oyuXJJ9YvHQ

https://youtu.be/vIkHaG2Ps9c

https://youtu.be/pvdhZ7XYwYc

https://youtu.be/asKwL_A4Vmw

 

Évènements

En décembre 2019, l’évènement régional Terra Madre Grands Lacs organisé en République démocratique du Congo a rassemblé plus de 296 délégués (du Rwanda, du Burundi et de RDC). Il s’est intéressé à la gestion de la pêche lacustre dans la région, aux connaissances et pratiques des peuples autochtones, et à l’implication active de la jeunesse dans l’avenir de l’agriculture. Le projet prévoyait également 6 manifestations locales au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie (un Marché de la Terre/Foire alimentaire et aux semences, un marché fermier à ciel ouvert, une expérience alimentaire communautaire, la participation à la foire agricole Tanzania Nane Nane et une édition spéciale du Marché de la Terre Mangulwa) visant à créer des relations fortes entre consommateurs, producteurs et institutions locales, et ainsi sensibiliser à l’importance de choisir une alimentation locale, de saison et durable.

Un forum en ligne organisé à l’occasion de l’évènement international Terra Madre 2020-21 a permis de présenter trois études de cas sur des projets agroécologiques de Slow Food. Développés en collaboration avec deux experts locaux en Ouganda et au Kenya, ceux-ci ont permis de prouver de manière concrète le caractère central de systèmes alimentaires agroécologiques pour promouvoir l’agroécologie comme futur de l’agriculture en Afrique et dans le monde.

 

Pour en savoir plus sur les études de cas

https://old.slowfood.com/what-we-do/funded-projects-slow-food/building-local-economies-in-eastern-africa-through-agroecology/

 

Collaboration et sensibilisation des autorités

Dans un contexte de crises croissantes en Afrique, Slow Food doit relever plusieurs défis pour paver la voie vers la souveraineté alimentaire au sein des communautés. L’un d’entre eux consisterait à transformer le système alimentaire actuel, malgré un faible soutien des gouvernements, des politiques défavorables et une absence de recherches sur les avantages des solutions agroécologiques qui permettraient d’y parvenir.

« Il est primordial de collaborer avec les autorités au niveau local, régional et national : il est vital de promouvoir des systèmes alimentaires locaux et d’intensifier l’agroécologie. Les jardins urbains, périurbains et les carrés potagers sont importants pour garantir la sécurité alimentaire et nutritionnelle des foyers. Nous avons organisé deux dialogues politiques dans le centre de l’Ouganda, dont l’objectif était de prioriser l’agroécologie dans le cadre législatif local. La première rencontre visait à discuter de l’apparition de l’alimentation locale et de l’agriculture dans le cadre légal ainsi qu’à prioriser les techniques de production agroécologiques, la biodiversité alimentaire locale et les petits producteurs dans la loi. La seconde avait pour thématique la priorisation des techniques de production alimentaire biodiversifiées, aux dépens de l’expansion des monocultures de canne à sucre dans la région, » commente John Kiwagalo, coordinateur local du projet en Ouganda.

Impact, résultats et futur

Les résultats de toutes ces activités ne se sont pas fait attendre. Nombreuses sont les histoires de ceux qui ont su s’inspirer du projet et en tirer parti.

Dans le cadre du projet, Shadrack Karanja, jeune exploitant et membre du SFYN kenyan, a vu en l’agroécologie une belle opportunité. Après avoir participé à la Slow Food Academy kenyane en tant que membre du jardin communautaire de Kiashong, il a décidé de lancer sa propre ferme agroécologique. Situé à Wanyororo, dans le comté de Nakuru, le jardin est devenu un centre d’excellence et une source d’inspiration pour les autres jeunes, mais aussi pour la communauté dans son ensemble.

Dans le village de Nabbaale (Ouganda), la transition des communautés alimentaires d’une agriculture conventionnelle reposant sur les produits chimiques vers l’agroécologie est en cours. Cette transition est à l’initiative de membres du Youth Farming Center, le centre agricole local, qui utilisaient des produits chimiques et des semences commerciales sur leurs terres, comme les y encourageaient les revendeurs, jusqu’à ce que quatre de leurs membres soient invités à intégrer la Slow Food Uganda Academy. Ceux-ci ont alors décidé d’adopter des méthodes de production agroécologiques, transmis ce qu’ils avaient appris aux autres membres de la communauté et mis en place un jardin témoin pour la communauté. En raison de l’intérêt croissant pour cette méthode agricole et de son adoption sur place, le jardin a fini par attirer 26 membres qui en ont fait un centre d’apprentissage. Ils se sont également lancés dans la mise en place de jardins agroécologiques chez eux.

« Les idées entourant l’agroécologie ont contribué à changer mes habitudes alimentaires, explique une femme de la communauté Slow Food APAC Kisimbosa, dans le territoire Walikale, en RDC. Cela m’a aidée à réhabiliter la culture alimentaire de mes ancêtres et leurs modes de survie en cas de crise alimentaire. Par cet apprentissage, j’ai pris conscience de l’importance de préserver les aliments traditionnels qui sont bons pour ma santé, ainsi que pour la survie de l’habitat forestier. Grâce aux formations de sensibilisation reçues dans le cadre du projet, la variété d’igname autrefois en voie de disparition est de nouveau cultivée sur nos terres de Kisimbosa Chamakasa et nous sommes également déjà témoins d’une restauration environnementale, grâce à l’engagement de la communauté dans la gestion des ressources forestières. »

En Afrique, l’agroécologie a la capacité de répondre à la sécurité alimentaire, car ses pratiques permettent aux exploitants de multiplier les sources alimentaires, en dépit de conditions climatiques extrêmes, comme la sécheresse. Collaborer avec des organisations et des autorités bienveillantes au niveau local, régional et national est vital pour promouvoir des systèmes alimentaires locaux et intensifier l’expansion de l’agroécologie, tout comme investir dans la jeunesse est crucial pour garantir l’avenir de l’agroécologie, mais aussi du continent.

Dans ce cadre, Slow Food continuera de renforcer des systèmes de distribution alimentaire alternatifs, en plus de connecter les petits producteurs aux cuisiniers et soutenir les marchés fermiers locaux. Cela améliorera l’accès au marché pour les petits producteurs par la création d’un lien direct entre producteurs et consommateurs, éliminant les intermédiaires et de ce fait, garantissant un prix équitable pour tous. Parallèlement au travail avec les communautés, Slow Food continuera de participer et d’organiser des forums multisectoriels centrés sur l’agroécologie et de soutenir les exploitants dans la défense de changements politiques, aux côtés d’autres organisations, afin de créer des passerelles entre petits exploitants, PME (productrices d’intrants biologiques) et fournisseurs de services (agents de vulgarisation agricole) pour stimuler la demande en produits agroécologiques et services de vulgarisation.

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