Slow Food : la Commission européenne ne doit pas céder à la pression des lobbies industriels sur le dossier du bien-être animal

Les préoccupations éthiques et environnementales des citoyen.ne.s européen.ne.s concernant l’exploitation industrielle des animaux d’élevage ont mis en lumière la nécessité de mettre à jour les règles européennes actuelles. Alors que la Commission européenne finalise sa proposition de révision de la législation européenne sur le bien-être animal (attendue pour septembre 2023), Slow Food publie une nouvelle note politique (en anglais) qui souligne les différentes possibilités de sauvegarde des droits des animaux d’élevage et liste nos demandes politiques pour garantir leur santé et leur bien-être.

“Le bien-être animal est avant tout une question de respect : les animaux sont des êtres sensibles. Nous appelons les institutions européennes à adopter une approche « One Welfare » qui reconnaisse que le bien-être animal, la biodiversité et l’environnement sont liés au bien-être humain, et vice-versa “, commente Ottavia Pieretto, spécialiste de la transition protéique à Slow Food.

L’expansion de l’élevage industriel en tant que modèle de production dominant, axé sur l’élevage sélectif pour une croissance rapide et des rendements élevés, a conduit à la maltraitance de millions d’animaux d’élevage à travers l’Europe. Par ailleurs, les élevages européens sont responsables de 43 % des émissions de méthane et de 43 % des émissions d’ammoniac, et contribuent à la perte de biodiversité et à l’augmentation de la résistance aux antimicrobiens chez l’être humain.

Pourtant, les lobbies de l’élevage industriel exercent une pression considérable sur les décideurs politiques européens afin qu’ils maintiennent le statu quo, suscitant l’inquiétude de la société civile qui craint que le projet de loi européen sur le bien-être animal, attendu dans le courant de l’année, ne soit qu’une coquille vide. Nous appelons les institutions européennes à tenir bon face à l’opposition farouche des groupes d’intérêts à tout changement législatif en faveur de l’agriculture durable.

La transition vers une agriculture respectueuse doit inclure une transformation de notre système alimentaire vers une agriculture agroécologique, qui inclut les animaux d’élevage dans des modèles d’agriculture extensive, circulaire et mixte, mais aussi une transition vers un régime alimentaire à composante plus végétale qui permette à nos sociétés de respecter les limites de notre planète (« planetary boundaries ») et la santé humaine.

Aujourd’hui, la législation européenne sur la protection des animaux d’élevage couvre toutes les étapes de la production, de l’élevage au transport et à l’abattage. Cependant, de nombreux domaines n’ont pas encore été abordés, tels que le transport des animaux sur de longues distances, l’étiquetage, le bien-être des vaches laitières, les poissons d’élevage et l’utilisation d’antibiotiques.

Slow Food appelle la Commission européenne à faire preuve de plus d’ambition dans son approche du bien-être animal, en se concentrant sur les domaines suivants : le bien-être à la ferme, le transport, l’abattage et l’étiquetage :

– Les animaux d’élevage intensif passent leur vie dans des conditions atroces ; ils sont mutilés et enfermés dans des cages qui entravent leur bien-être et leur comportement naturel. L’Union européenne doit mettre en place un système d’évaluation du bien-être animal dans les élevages qui puisse également être efficace dans les systèmes extensifs, c’est-à-dire basé sur des paramètres animaliers et avec des valeurs seuils adaptées aux différents contextes. L’accès aux pâturages doit être garanti autant que possible et les mutilations doivent être interdites.

– Si les conditions de vie actuelles des animaux dans les exploitations sont épouvantables, les choses ne s’améliorent pas pour eux pendant le transport, qui peut durer des heures, voire des jours, à l’intérieur et à l’extérieur de l’UE. L’Union européenne doit mettre fin aux exportations d’animaux vivants en dehors de l’Union, imposer les mêmes normes de bien-être animal aux produits en provenance de l’étranger qui entrent sur le marché européen et imposer des règles plus strictes pour le transport au sein de l’Union, en limitant les voyages d’animaux vivants aux seuls déplacements essentiels et locaux.

– La question du bien-être animal ne peut être traitée correctement sans s’attaquer à la phase la plus délicate : l’abattage. Il est essentiel que l’Union soutienne la mise en place et l’utilisation d’abattoirs à petite échelle, à la ferme et/ou mobiles, afin de réduire les souffrances des animaux pendant le transport et le stress de fin de vie.

– La révision de la législation sur le bien-être animal devrait adopter des mesures visant à améliorer l’information des consommateur.rice.s sur le bien-être animal. Une option évidente serait d’établir un cadre d’étiquetage harmonisé applicable aux produits de l’Union européenne et aux produits importés. Cela permettrait aux citoyen.ne.s de faire des choix durables et inciterait les producteur.rice.s à adopter des méthodes d’élevage plus respectueuses.

La Commission européenne s’est engagée à améliorer le bien-être des animaux d’élevage en annonçant la révision de la législation existante. De même, la prochaine loi-cadre européenne sur les systèmes alimentaires durables pourrait être l’occasion pour la Commission de reconnaître explicitement que la santé et le bien-être des animaux, des personnes, des plantes et de l’environnement sont profondément liés.

“Les citoyens européens sont de plus en plus sensibilisés aux droits des animaux ; ils veulent que les animaux d’élevage soient élevés dans le respect de l’éthique et de la durabilité. Ils exigent que les animaux et la nature soient respectés et les institutions européennes ne doivent pas ignorer leurs appels au profit des intérêts des entreprises”, conclut Pieretto.

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