Nouveaux OGM : la Commission européenne privilégie les intérêts de l’agro-industrie au détriment des agriculteurs, des consommateurs et de l’environnement

Aujourd’hui, la Commission européenne a publié une proposition des plus inquiétantes visant à déréglementer les nouveaux OGM (ou “nouvelles techniques génomiques” ou NGT) dans l’Union européenne. C’est une mauvaise nouvelle pour notre alimentation, la biodiversité, les agriculteurs et les citoyens. Slow Food rejette le projet de la Commission d’exempter la majorité des nouveaux OGM des normes existantes en matière d’OGM, car cela qui signifie qu’ils ne seront plus soumis à l’évaluation des risques pour la santé humaine et l’environnement, ni à la traçabilité tout au long de la chaîne alimentaire, ni à l’étiquetage pour les consommateurs.

Madeleine Coste, directrice de plaidoyer chez Slow Food, commente : “La proposition de déréglementation des nouveaux OGM sacrifie les droits des agriculteurs et des consommateurs, ainsi que l’environnement, pour satisfaire l’agro-industrie. Elle représente un véritable recul dans la transition vers l’agroécologie dont nous avons pourtant besoin de toute urgence.”

La déréglementation des nouveaux OGM menace la biodiversité et la sécurité alimentaire

La proposition de déréglementation des nouveaux OGM a été présentée parallèlement à de nouvelles mesures de surveillance de la santé des sols. La Commission prétend que les nouveaux OGM contribueront à réduire l’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques, mais la dégradation des sols n’est pas seulement due à l’utilisation de ces derniers, mais aussi en grande partie aux monocultures et à la perte de biodiversité, que cette nouvelle proposition sur les OGM ne fera qu’accentuer.

Tout comme l’ancienne génération d’OGM (organismes génétiquement modifiés), “la dissémination de nouveaux OGM (tels que ceux obtenus par la technologie CRISPR) dans la nature appauvrira davantage la biodiversité agricole et la santé des sols européens, car elle encouragera la poursuite des monocultures et de l’uniformité génétique, sur lesquelles repose l’agriculture industrielle. Cela conduira à terme à une réduction du nombre d’espèces et de variétés d’aliments cultivés, érodant ainsi la biodiversité qui est essentielle pour garantir la sécurité alimentaire “, ajoute Francesco Sottile, membre du conseil d’administration de Slow Food et agronome.

La proposition de la Commission est déconcertante. Un nombre important et croissant d’études scientifiques montrent pourtant que les nouveaux OGM sont beaucoup moins précis que ce qui est affirmé et donnent lieu à de nombreuses erreurs génétiques. De nombreux chercheurs soulignent d’ailleurs la nécessité de tester ces mutations involontaires (dommages à l’ADN), car une fois les nouveaux OGM disséminés dans la nature, il est impossible d’empêcher la contamination des cultures avoisinantes et d’éviter leur dissémination.

Tout cela va à l’encontre de l’ambition du Pacte Vert européen (ou « EU Green Deal »), qui s’est engagé à restaurer la nature et à protéger les écosystèmes, et compromettrait tous les efforts déployés pour protéger l’environnement, enrayer la perte de biodiversité et fournir de la nourriture sure à la population.

Déréglementer les nouveaux OGM, c’est retirer le contrôle aux agriculteurs pour le confier aux entreprises.

Bien que les principaux syndicats agricoles et les politiciens conservateurs affirment que les agriculteurs veulent produire de nouveaux OGM, la proposition de la Commission renforcera le contrôle déjà immense que les grandes entreprises agrochimiques exercent sur nos systèmes alimentaires. En effet, les brevets sur les semences entraînent une perte directe inacceptable du contrôle que les agriculteurs exercent sur leurs propres semences et ressources de production, ainsi qu’une plus grande incertitude quant à ce qu’ils sont autorisés à faire avec leurs semences.

De plus, même si les nouveaux OGM ne sont pas autorisés dans l’agriculture biologique, la proposition de la Commission pose un problème supplémentaire : il sera difficile et très coûteux pour les agriculteurs biologiques de garantir que leurs produits alimentaires ne contiennent pas d’OGM, en raison du risque sérieux de contamination, la transparence et la traçabilité étant érodées par cette proposition.

Le vice-président Timmermans a déclaré lors de la conférence de presse qu’il “ne pensait pas que la communauté agricole opposerait une grande résistance à cette proposition”. Mais les agriculteurs veulent-ils vraiment produire de nouveaux aliments OGM ? D’après le réseau Slow Food, il est clair que de nombreux agriculteurs veulent des solutions agroécologiques, travailler avec la nature et la diversité dans les champs, et non de nouveaux OGM développés en laboratoire.

Qui sont donc les “agriculteurs” qui veulent utiliser la biotechnologie ? Une nouvelle enquête menée par Lighthouse Reports révèle que le groupe de pression des agriculteurs européens Copa-Cogeca, qui prétend être la voix des agriculteurs et représenter 22 millions d’agriculteurs européens, surestime fortement sa légitimité. Des entretiens avec 120 agriculteurs et initiés, des politiciens, des universitaires et des activistes mettent en lumière la façon dont le syndicat délaisse les petits et moyens agriculteurs, au profit des grandes exploitations industrialisées. Une chose est claire : les agriculteurs doivent avoir le contrôle de leurs propres ressources et être en mesure de produire la nourriture qu’ils souhaitent, sans dépendre de semences brevetées.

“Slow Food travaille chaque jour à la promotion de systèmes alimentaires basés sur des principes agroécologiques qui bénéficient à l’environnement, aux agriculteurs et aux consommateurs. Nous avons besoin de politiques qui accompagnent les agriculteurs et les soutiennent dans leur transition vers des pratiques respectueuses de l’environnement, et non qui promeuvent des solutions miracles non prouvées », poursuit Francesco Sottile.

Les nouvelles règles sur les nouveaux OGM empêcheront toute transparence envers les consommateurs

Pour la majorité des nouvelles cultures génétiquement modifiées, la Commission européenne prévoit de supprimer l’étiquetage obligatoire, ce qui signifie que les consommateurs, mais aussi les agriculteurs et les détaillants, ne seront plus en mesure de savoir si leurs aliments contiennent ou non des OGM. Aujourd’hui, les fruits et légumes obtenus à partir de techniques OGM doivent obligatoirement porter l’étiquette OGM, et les sondages montrent que les citoyens souhaitent que cela reste le cas. La déréglementation des nouveaux OGM va à l’encontre du droit des consommateurs à être informés, inscrit dans le traité de l’Union européenne.

Au début de l’année, une coalition de plus de 50 organisations issues de 7 Etats Membres a remis à la Commission européenne une pétition signée par plus de 420 000 citoyens, exigeant que les nouveaux OGM restent réglementés et étiquetés.

Si la biodiversité, les agriculteurs et les citoyens sont les grands perdants de cette proposition, qui sont les gagnants ? La déréglementation des nouveaux OGM profitera à une industrie agrochimique déjà puissante et aux agriculteurs qui ne veulent pas reconnaître que l’agriculture industrielle est à la base d’un système alimentaire défaillant qui contribue grandement au changement climatique. Le Médiateur Européen a ouvert une enquête au début de l’année à la suite d’une plainte déposée par plusieurs organisations qui ont qualifié le processus d’élaboration de cette proposition de “très partial”. L’enquête est en cours.

Nous appelons le Parlement européen et les ministres nationaux de l’environnement à protéger le droit des consommateurs et des agriculteurs à choisir et à rejeter la proposition de la Commission européenne de disséminer des OGM non testés.

FIN

Pour plus d’informations, veuillez consulter :

– Les vidéos explicatives réalisées par Slow Food et les Amis de la Terre sur ce que sont les nouveaux OGM (octobre 2022) :

https://youtu.be/5qCcgkDWufo

https://youtu.be/lyiLtbOqsoY

– Une lettre ouverte signée par plus de 300 organisations et envoyée au vice-président Frans Timmermans, appelant la Commission européenne à maintenir une réglementation stricte des nouveaux OGM (mai 2023).

– Le « fact checker » de Slow Food sur les nouveaux OGM (novembre 2022)

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